18 mai 2022 par Laetitia ROUCHET

Apprendre à apprendre à vivre avec ses émotions… Tout un programme lorsque nous même nous n’avons pas appris à le faire…

Est ce que l’expression des émotions comme compétence à acquérir dans les programmes de l’Education Nationale existait dans les années 80? … euh… non… J’aurais même tendance à dire que la colère, la tristesse, la peur ou des états de stress, de doute… n’étaient pas forcément pris en compte.

Et bien aujourd’hui: l’expression des émotions comme compétence à acquérir est inscrite… dans le domaine des arts plastiques, une avancée donc dans ce domaine.

Aussi, pour répondre aux besoins grandissant des enseignants et des parents, on peut trouver dans les librairies un rayon consacré aux émotions: ouvrages de littérature de jeunesse, cartes de jeux, techniques de relax… et autres dérivés.

Effet de mode ou nécessité ? 

A vous de vous faire votre propre idée… Dans la majorité des systèmes scolaires des pays de l’OCCE, l’émotion des élèves est prise en compte comme telle car se connaître et reconnaître l’autre est fondateur pour établir la relation.  A l’origine, c’est Carl ROGERS, psychologue américain, qui invente le concept de psychologie humaniste que les enseignants connaissent bien ou devraient connaître. Pour ma part, c’est dans ma formation de journaliste que j’ai rencontré les concepts d’empathie, de congruence et un de nos professeurs nous faisait mener des entretiens lors desquels on s’entraînait à user d’empathie, de congruence et de regard positif inconditionnel. 🙂 Et j’ai gardé ça dans ma pratique avec les enfants parce que j’étais convaincue du bien fondé de cette attitude. Dans les années 70, Abraham MASLOW, psychologue américain, est connu pour son explication de la motivation par la hiérarchie des besoins, souvent représentée sous la forme d’une pyramide : “la pyramide de MASLOW“. Les travaux de ces deux hommes ont donné le mouvement de la psychologie positive, alors que jusqu’ici la psychologie s’intéressait aux pathologies. Et l’une des tendances de la psychologie positive s’intéresse à la pédagogie positive, dans la mouvance de l’école bienveillante.

L’idée “grosso-modo-raccourcie” est de se dire que lorsque l’enfant est en situation de stress, lorsqu’il a peur, lorsqu’il a envie de faire pipi, lorsqu’il a très, très faim, lorsqu’il a été vexé ou blessé… il n’est pas en mesure d’apprendre. A contrario, lorsqu’il est rassuré, lorsque ses besoins vitaux sont comblés, lorsqu’il a confiance et qu’il est pleinement détendu, il apprend vite, mieux et nous surprend !

Il y a beaucoup de controverses, de polémiques ou de malentendus autour de toutes ces recherches, pour ma part je peux faire quelques constats totalement empiriques.

Mon expérience: Lorsque je travaillais en REP+, les temps de récréations étaient hyper-tendus, ils se résumaient à de la violence: injures, bagarres entre enfants, bagarres entre clans, les toilettes étaient un point chaud ultra surveillé, les enseignants étaient dispatchés au quatre coins de la cour de récré et malgré les projets de jeux, de jardin mis en place, il y avait sans cesse des tensions. Impossible d’aborder le “pluriel des adjectifs”, “l’imparfait” ou “le périmètre d’une surface” après un temps de violence tel, c’était impossible. Dans mes classes, j’avais un temps que j’appelais “désamorçage des bombes”: on entrait, on respirait, on soufflait, on se détendait et je posais ma question: “Alors que se passe t-il ? Racontez-moi.” On passait souvent 30 minutes à régler un conflit. J’avais parfois l’impression de perdre un temps fou. Mais je me suis vite rendue compte que ce temps-là était gagné car une fois la bombe désamorcée, tout le monde était présent, une vraie cohésion de groupe s’installait et en plus le fait que ce soit ritualisé, les enfants savaient qu’ils seraient entendus et soutenus et ils me faisaient confiance. Et en termes de compétences, ils devenaient de vrais orateurs car les élèves travaillaient l’oral !

En maternelle, même chose, quand les enfants sont fatigués, quand maman s’est énervée parce qu’on est “toujours en retard”, quand l’enfant a la chaussette mouillée, quand il a envie de faire pipi ou caca, quand il a faim… et bien, il faut désamorcer, prendre le temps de faire un arrêt sur image, tenir compte des besoins pour avancer deux fois plus vite. Et encore une fois, on travaille le langage oral, la posture d’élèves, les codes de vivre ensemble !

Mais alors, attention, ce n’est pas “tout leur passer” comme on peut l’entendre parfois car tout ceci entre dans un cadre rigoureux, dans une routine, avec des règles liées à l’oral, parce que les règles sont établies en amont, connues de tous. J’entends aussi parfois “Mais alors tu fais ça avec tous tes élèves ?” Mais tous les enfants ne sont pas tous en colère le même jour, à la même heure… ou alors c’est pas de chance et il y a peut-être du coup un autre facteur lié à la vie de classe.

Le bonus avec ces “arrêts sur image” c’est qu’à partir de la parole de l’enfant, on peut en tirer un projet pluridisciplinaire à partir duquel on va raccrocher moult compétences ! C’est génial ! 🙂

Alors nous en maternelle :

  • on verbalise les émotions tous les matins, colère autant que joie et tristesse : émoticône pour verbaliser, être visible de tous
  • on lit des albums autour de ces émotions (Voir les albums en dessous)
  • on apprend des techniques de relax en motricité: yoga pour les petits, étirements du matin type BRAIN GYM (petit clin d’oeil: et j’ai toujours aaaaaadoré voir les enfants bailler car ça veut dire qu’ils se sentent en sécurité 🙂 )
  • on attrape le son pour se recentrer
  • on va à l’espace de retour au calme quand c’est trop long ou quand on se sent énervé
  • on a la boîte à parents pour observer la photo de papa et maman
  • on a un doudou (j’autorisais les “porte bonheur” avec les CM2)
  • on a le micro de parole
  • on a le fil à palabre

…. la liste est non-exhaustive… si vous aussi vous avez des petits trucs chez vous, en famille ou dans vos classes, faites-nous en part !

Et quand on y pense, en tant qu’adulte : ça ne vous arrive jamais d’avoir super envie de faire pipi et de ne plus du tout écouter votre interlocuteur? ou d’avoir tellement faim que l’on écourte le travail? ou d’être de mauvaise humeur parce qu’un chauffard nous a coupé la route et que l’on a eu très peur, tellement peur que ça nous met en colère? ou d’être vexé par une petite réflexion ou un jugement type “ah oui, je m’en doutais…” “mais toi tu es comme ci, comme ça…” “tu n’aurais pas dû faire ci ou ça…” ? Et quand une de ces petites phrases ou une situations difficiles trottent dans la tête, on a du mal à … apprendre !

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