Profs : inspirons-nous des kinés !
Je n’avais jamais mis les pieds dans un cabinet de kiné. Je découvre donc le monde de la « Ré- EDUCATION » ! Quel monde inspirant pour nous, éducateurs, enseignants, facilitateurs des apprentissages !
Alors, on est bien d’accord, ne tombons pas dans la médicalisation de notre métier, à chaque difficulté, un diagnostic ; à chaque diagnostic, un spécialiste. Il n’empêche que je me suis imprégnée de certaines choses qui m’ont conquise, qui m’ont inspiré et qui confirment ce que je pense de l’éducation et de ce que l’on peut tenter avec un groupe d’humains.
Lisez plutôt !



La mixité des âges !
De 0 à 77 ans, tout le monde est mélangé chez le kiné et ce n’est pas un problème. Bien au contraire ! Quelle richesse ce mélange des générations ! C’est un vrai bonheur d’aider une mamie, de sourire à un bébé et de profiter des expériences de nos ainés. Comme dans une classe multi-niveaux en fait ! C’est top !
L’hétérogénéité du groupe !
Qui dit mixité des âges, dit aussi problématiques en lien avec la tranche d’âge : le bébé vient pour des bronchio à répétitions, la mamie pour ses rhumatismes, le jeune de 18 ans pour un accident de la route… Bref, un beau mélange de différences en termes de besoins, d’envies, d’émotions et de vécus ! Et la kiné gère et elle gère bien en plus !
Parcours individualisés de ré-éducation !
Cela s’apparente à nos Plans de Travail. La kiné s’entretient lors de la première séance avec le patient : écoute active, mise en confiance et objectif définit. Le patient ressort de la séance avec son objectif, son programme et des outils. Tout est explicite, transparent, on sait où on va. On a une feuille de route avec la planification des rencontres, les temps individualisés, les temps d’autonomie. Et pourtant, les patients sont nombreux ! Et ça fonctionne ! Je me suis sentie élève, j’adore !
Acteur et responsable de sa ré-éducation !
Comme lorsque l’on rend les élèves acteurs de leurs apprentissages en classe ! Idem ! La première séance en balnéo j’étais un peu surprise, je voyais autour de moi les gens concentrés à leur tâche, ça grouillait comme une petite fourmilière. Et j’ai compris ! On est libre en fait ! Quel bonheur ! Libre et responsable aussi de sa guérison ! Si on respecte les consignes et que l’on comprend le guidage, on progresse. Si on papote avec les copines dans la pistoche, on en paie les conséquences… En termes de satisfaction personnelle c’est énorme !
Libre mais cadrés !
On est libre mais cadré, on vient sur un temps donné. On a un programme à respecter. La kiné réajuste si besoin, elle guide, elle rappelle le cadre, elle veille du coin de l’œil, un regard toujours bienveillant, au top ! Les règles sont établies : la ponctualité, le rangement, la propreté…
Les kinés, des facilitateurs !
Leur posture n’est pas au centre, leur attitude n’est pas transmissive, leur savoirs, leurs savoirs faire ne sont pas le saint graal. Ils sont humbles, à l’écoute, attentionnés. Ils observent… beaucoup. Et ils réajustent en fonction. Ils adaptent le programme en fonction des progrès. Ils accompagnent et encouragent, une présence fondamentale, facilitatrice des apprentissages. Du coup, on a cette sensation d’être cadrés, tout en étant libres, accompagnés tout en mutualisant les trucs et astuces avec les autres patients (oui, on peut bavarder, c’est pas interdit !) Le gros de leur travail est dans le présent. Tour à tour, ils aident, ils laissent tâtonner, expérimenter, ils débloquent, ils écoutent et ils évaluent (une évaluation continue donc !), ils vont d’un apprenant à un autre.
Des micro-zones d’apprentissages !
L’espace du cabinet est agencé comme une classe du 3ème type ! C’est la classe du futur, ça devrait être les classes d’aujourd’hui… Chaque espace est délimité, chaque zone d’apprentissage a une vocation lisible. Il y a à la fois des zones de travail individuels, des zones de travail en grand groupe, des zones de travail en petit groupe. Des zones où l’on bouge, des zones où l’on s’apaise, des zones où l’on s’isole.
Le matériel à portée de main !
Et oui, les kinés laissent le matériel à portée de main. Ok, j’ai discuté avec eux, il y a parfois de la casse, des dégradations, mais globalement, les gens sont heureux de se sentir libres et respectent justement le fait qu’on les respecte dans leur besoin de bouger, de coopérer, de partager, d’appartenir à un groupe. Bref, on se sent AU-TO-NO-MES ! C’est énorme !
Responsabilisation
J’en ai parlé plus haut, on se sent responsable de son corps et des progrès qu’il fait mais également du lieu. Et oui, en laissant le matériel à disposition et en cadrant les gens, on est aussi responsable du rangement et de la propreté et ça c’est top !
Co-éducation, prise en compte des émotions et relation de confiance
Les kinés sont deux et ils co-éduquent ensemble. Il y a un partenariat étroit avec les familles qui patientent dans la salle d’attente, qui sont tenues au courant, que l’on implique dans le parcours de guérison. Il y a donc une véritable ouverture sur l’autre. Et comme les situations sont souvent compliquées, un dialogue s’instaure au sein duquel les émotions, frustrations, blues sont entendus et pris en compte ! Les kinés tissent un lien spécial avec chaque patient. Comment ? En donnant d’eux, ils parlent d’eux, ils écoutent, ils retiennent nos anecdotes, c’est une relation d’humain à humain. C’est la relation qui permet donc d’avancer en confiance.
Donc on se sent libres, cadrés, écoutés, autonomes et responsables ! Si c’est pas beau ça ! Je me suis alors demandée si les kinés avaient lu FREINET ? D’autant que Freinet a développé sa pédagogie alors qu’il était malade. Il aimait tellement son métier d’enseignant, qu’il a trouvé les possibilités de l’exercer différemment.
Je ne suis pas pour une médicalisation de l’éducation mais pourquoi pas s’inspirer des kinés ? Après tout, parfois on soigne bien les blessures orthographiques ou mathématiques et autres bobos de l’esprit, donc pourquoi pas.


