La pédagogie du bien-être ça existe ?

Peut-être qu’on tient quelque chose…

Depuis l’année dernière nous travaillons beaucoup autour de nos émotions, nous les exprimons, nous les manifestons, nous apprenons à les gérer. Nous avons une palette d’outils que nous avons testés. Quel est le lien avec le bien-être ?

Lorsque l’émotion d’un enfant (et d’un adulte) est accueilli, lorsqu’elle est exprimée et qu’on la considère pour de vrai, on se sent beaucoup mieux parce qu’on se sent en confiance, en sécurité et respecté dans notre individualité. Ajouté à cela un bon petit mélange d’activités qui lorsqu’elles sont associées sont un vrai « cocktail bien-être ». Lisez ci-dessous !

 

Des activités de coopération

Maîtresse en a eu marre de montrer des jeux au sein desquels il y a un perdant, un gagnant, une course, on est en compèt’ et personne n’est content ni ceux qui perdent ni celui qui gagne. En plus, il faut savoir que les enfants sont câblés pour s’entraider, être empathiques et coopérer donc les faire jouer à des jeux compétitifs va presque à l’encontre de leur nature. Et nous assistons souvent à des déceptions énormes, des incompréhensions presque. Donc, bref, j’ai sélectionné une palette de jeux coopératifs et franchement c’est le jour et la nuit en termes d’ambiance. Et on a même un créneau jeux coopératifs en motricité ! C’est génial ! On prend plaisir à jouer ensemble et on développe les compétences sociales et coopératives. Un régal ! Clairement, ça impacte considérablement le climat de classe de manière positive !

Réveil corporel

Avant de commencer la classe, on réveille notre corps (et notre mental !). Étirements, bâillements et stretching pendant le regroupement et c’est très efficace pour entrer dans les apprentissages en douceur. Avant, je le faisais en milieu de matinée ou après chaque récréation pour se recentrer, sauf que je me suis rendue compte que certains enfants arrivent à l’école alors que cela ne fait que 15 minutes qu’ils sont levés, ils ont englouti un p’tit dèj’ et on leur demande d’être direct opérationnels, attentifs, calmes et actifs, un peu rude quand même. Donc avant d’entrer dans les apprentissages, rien de tel qu’un petit réveil pour prendre soin de soit, réaliser que l’on est à l’école, préparer le cerveau à la journée qui va suivre. Et selon moi, c’est aussi un apprentissage !

Yoga

On en faisait déjà l’an dernier, on poursuit, on approfondit ! Une fois par semaine. Le yoga permet de travailler une foule de compétences motrices : prise de conscience du schéma corporel, équilibre, explorer différentes façons de se mouvoir en modifiant les appuis habituels, coordonner ses mouvements… Les enfants apprennent à se recentrer et utilisent parfois certaines postures à d’autres moments de la journée pour canaliser l’énervement ou l’excitation.

Boîte à bonheurs !

On a recyclé la boîte à bonheurs ! Chaque semaine, librement, les enfants postent un « Petits bonheurs », c’est un message qu’ils ont envie d’adresser à un copain, à un adulte ou à l’ensemble de la classe. Quel type de message ? Pour les enfants qui savent déjà encoder, ils écrivent des mots type « Merci » « Je t’aime »… Pour ceux qui ne produisent pas encore d’écrits, ils dessinent et viennent commenter leur dessin devant la classe. Les petits bonheurs sont lus tous les vendredis en fin d’après-midi. Un vrai cérémonial car l’assistant doit plonger sa main dans la profonde boîte à bonheur et découvrir les petits messages qui s’y sont glissés ! Ces petits messages de gratitude participent aussi à créer une ambiance agréable où l’on met en valeur les petits mots doux plutôt que les gros mots ! 

Massages

Une fois par semaine, session massage pour tous ! Par deux, les enfants apprennent à se masser le dos et le visage. On apprend à entrer en contact avec l’autre, à prendre soin de l’autre. C’est vraiment un moment de réelle détente ! Un vrai bonheur !

La règle des 3 F : Faim Froid Fatigue ou penser à nos propres besoins vitaux

C’est comme la fameuse règle des trois F quand on est en mer, c’est un peu pareil… On est à bord d’un navire avec plein de petits mousses et si nous, adultes, nous succombons de fatigue, de faim, de soif… qui pourra alors s’occuper de ces petits mousses et mener le bateau à bon port ? ça peut paraître égoïste vite fait de loin mais c’est essentiel, c’est presque une règle d’or de sécurité.

Chez les secouristes, on fait d’abord attention à soi-même avant d’aller secourir le blessé sinon, il ne pourra être sauvé.

Je fais souvent référence à la pyramide de MASLOW qui est une représentation pyramidale de la hiérarchie des besoins interprétant la théorie de la motivation basée à partir des observations réalisées dans les années 40 par le psychologue.

C’est en 1970, recherchant ce qui se cache derrière la motivation, MASLOW met au jour cinq (groupes de) besoins fondamentaux : les besoins physiologiques, les besoins de sécurité, les besoins d’appartenance et d’amour, les besoins d’estime et le besoin d’accomplissement de soi. Cette taxinomie des besoins est, selon Maslow, universelle. 

Les besoins s’inscriraient dans le cadre d’une hiérarchie. Tous les besoins sont continuellement présents, mais certains se font plus sentir que d’autres à un moment donné. Lorsqu’un groupe de besoins est satisfait, un autre va progressivement prendre la place selon l’ordre hiérarchique suivant : besoins physiologiques > besoins de sécurité > besoins d’appartenance et d’amour > besoins d’estime > besoins d’accomplissement de soi.

Dans la vie de tous les jours, c’est important de l’avoir en tête, ça peut éviter certains conflits si on pressent que notre enfant a juste faim ou si l’on sent que nous même, nous sommes fatigués.

L’idée est de tenir compte de nos besoins de base pour satisfaire aussi les besoins de nos petits bouts. Nous, dans l’équipe, on se demande souvent si on a besoin de boire, si on est passé aux toilettes… En famille, penser aux besoins permet souvent de désamorcer certaines bombes. On réfléchit bien mieux quand le ventre est plein.

Mes 5 techniques de SIOUX pour rester zen en classe et en famille !

Souvent, j’entends les parents nous dire “Bon courage” “Mais comment faites-vous pour rester si calme?” “Tous ces enfants à gérer, ça doit être épuisant!” Bon, d’abord si l’on fait ce métier ce n’est pas un hasard, c’est qu’on aime ça. 

Mais du coup, j’ai fouillé pour trouver quels sont nos trucs pour rester zen avec un groupe de petits humains en mouvement.

Je me sens bien là où je suis

Se sentir bien là où l’on vit, là où l’on évolue.  Aimer sa classe, sa maison, son environnement. C’est important de s’y sentir bien. Et quand on aime cet environnement, on en prend soin. Pour la classe, j’ai passé beaucoup de temps à l’aménager, à faire un environnement cocooning. Et nous essayons chaque jour de prendre soin de cet espace. Pour la maison c’est pareil, elle est évolutive en fonction de l’âge des enfants, les différents espaces vont être à remanier. Mais notre lieu de vie a un réel impact sur notre bien-être. Sans rentrer dans les théories du feng-shui, c’est important de soigner son environnement, de le faire à son image.

Une phrase sympathique pour chacun, même entre adulte

Il n’y a pas de mal à se faire du bien ! On essaie d’avoir une petite phrase sympathique pour chaque enfant le matin. En faisant cela, ils imitent et le font aussi entre eux ou envers nous. Certains enfants mettent l’émoticône « content » et disent « je suis content de vous retrouver aujourd’hui ! ». Ça, c’est quelque chose qui fait du bien. Un compliment, une attention, ça réchauffe les cœurs.

L'empathie ou le respect des autres !

Entre adultes d’abord et avec les enfants, on a appris à se respecter. On respecte nos choix, nos avis, on reporte les discussions qui pourraient être houleuses après la classe ou sur le temps du midi. On se chouchoute en prenant soin des uns des autres. On ne se toise pas de la tête au pied tous les matins (quel bonheur!) ; bref, on est comme on est et on s’accepte! Et puis, il y a les enfants : A trois ans, les enfants se font des câlins et des bisous sans barrière quand ils sentent qu’il y a besoin. Ils sont encore dotés d’une empathie gigantesque, quelle chance ! Exemple : lorsqu’un enfant se met à pleurer en classe, ils ont tendance à tous vouloir aller câliner leur copain, certains vont chercher son doudou, d’autres un mouchoir… Ce qui, dans les classes de tout petits peut engendrer de gros regroupements brusquement poussés par leur désir d’aider l’autre. Lorsque l’on n’est pas habitué, ça étonne, ça oppresse, on se sent jugé par une horde d’enfants, on a l’impression de mal faire, et on a tendance à dire « il n’a pas besoin de spectateurs, laissez-le tranquille enfin… » et les enfants se dispersent tristement. En cassant cet élan, on brise ce que les enfants ont de plus précieux : l’empathie. Comment le gérer sans se sentir oppressé et dépassé ? Et bien… j’essaie de leur faire confiance. Quand un enfant se met à pleurer, souvent, je regarde les autres enfants et je me laisse guider par leurs idées. Doudou, câlin, paroles rassurantes, les petits sont de bons guides.

Du fun chez vous, en classe !

Moi, c’est la musique ! J’adooore la musique et je leur en fais profiter. Parfois, je mets radio doudou et parfois, je leur fais écouter ma playlist et c’est GE-NIAL !! Alors, j’évite de leur passer du metallica, je choisis quand même la musique (ça tombe bien, je n’ai pas metallica dans ma playlist).  Mais ça met une ambiance très sympa dans la classe, certains enfants fredonnent, d’autres dansent, les ATSEM adorent aussi, ça détend. Bref, un peu de fun dans ce monde, ça fait du bien ! Mais à chacun son truc. Chez certains, ça va être une balade en vélo après la classe ; d’autres un goûter pancake ; d’autres encore des cœurs sur les mains… Bref, à chacun son petit truc fun à instaurer avec les enfants.

Choisir ses batailles

dans une classe unique, on ne peut pas être derrière chaque enfant au même moment, alors on apprend à choisir ses batailles. Pour moi, ce qui est important c’est que les enfants apprennent à faire seul, qu’on leur laisse la possibilité de le faire car ils développent leurs compétences exécutives, leurs capacités à planifier, à prendre des risques et à se faire confiance (pour moi, c’est E-NOR-ME ! C’est la base !).

Alors, ok, quid des choix de batailles : un enfant de trois ans est en train de transvaser de l’eau d’un pichet à l’autre et le pichet lui glisse des mains, le pichet tombe, tout se renverse (zen…), il décide de réparer ça, il va chercher le rouleau de papier qu’il réussit à attraper en montant sur une chaise (oui, car nous avions décidé entre adultes que le rouleau de papier, ça suffit, ils gaspillent et qu’il valait mieux utiliser l’éponge), finalement, l’enfant qui n’avait pas participer au conciliabule de l’adulte (grande faute de notre part !) réussi à dérouler le sopalin presque jusqu’à la fin… il en étale partout sur le sol et ensuite avec une grande attention prévient tous ses copains de ne pas passer par là en le clamant haut et fort.

Maîtresse a deux solutions.

Solution 1 : soit intervenir et lui dire stop car je ne suis pas d’accord pour qu’il gaspille tout le rouleau (avez-vous déjà expliqué le gaspillage à un enfant de trois ans ? une expérience à vivre…) et je ne suis pas d’accord non plus pour qu’il parle fort dans la classe pour prévenir ses copains car dans la classe on chuchote : c’est notre règle d’or.

Solution 2 : je décide de voir la scène autrement et me dit que franchement cet enfant a gardé son calme, a pensé à réparer son erreur, a osé monter sur la chaise, a attrapé le sopalin, donc il a trouvé une solution sans venir nous voir ce qui montre une grande autonomie, une grande capacité d’adaptation, une grande prise de risque et de prise d’initiatives. Il a su trouver ce dont il avait besoin, ce qui nous prouve à nous même que nous les laissons s’approprier leur espace, du coup, je me sens contente de pouvoir lui permettre cela. Il s’est également fait confiance en planifiant sa réparation : étaler le sopalin par terre sur une grande surface pour être sûr. Il a prévenu les copains, il a donc fait preuve de sociabilité. Bref, je choisis cette solution 2 car je me souviens de ma bataille : apprendre à faire seul. Néanmoins, je m’approche de l’enfant, valorise toutes ses initiatives en décrivant tout ce qu’il a fait et après un « grand-layus-booster-de-confiance », je lui suggère de prendre l’éponge qui est à sa portée (c’est plus « écologique »… une autre expérience de vocabulaire à vivre avec un enfant de trois ans) et prévenir ses copains en chuchotant. 🙂 zeeeeennnn…

L’idée c’est de prendre du recul. On ne peut pas être sur tout, tout le temps. Il faut choisir ses priorités.

Profs : inspirons-nous des kinés !

Je n’avais jamais mis les pieds dans un cabinet de kiné. Je découvre donc le monde de la « Ré- EDUCATION » ! Quel monde inspirant pour nous, éducateurs, enseignants, facilitateurs des apprentissages !

Alors, on est bien d’accord, ne tombons pas dans la médicalisation de notre métier, à chaque difficulté, un diagnostic ; à chaque diagnostic, un spécialiste. Il n’empêche que je me suis imprégnée de certaines choses qui m’ont conquise, qui m’ont inspiré et qui confirment ce que je pense de l’éducation et de ce que l’on peut tenter avec un groupe d’humains.

Lisez plutôt !

Photo d'un kiné
Photo d'un kiné
Photo d'un kiné

La mixité des âges !

De 0 à 77 ans, tout le monde est mélangé chez le kiné et ce n’est pas un problème. Bien au contraire ! Quelle richesse ce mélange des générations ! C’est un vrai bonheur d’aider une mamie, de sourire à un bébé et de profiter des expériences de nos ainés. Comme dans une classe multi-niveaux en fait ! C’est top !

L’hétérogénéité du groupe !

Qui dit mixité des âges, dit aussi problématiques en lien avec la tranche d’âge : le bébé vient pour des bronchio à répétitions, la mamie pour ses rhumatismes, le jeune de 18 ans pour un accident de la route… Bref, un beau mélange de différences en termes de besoins, d’envies, d’émotions et de vécus ! Et la kiné gère et elle gère bien en plus !

Parcours individualisés de ré-éducation !

Cela s’apparente à nos Plans de Travail. La kiné s’entretient lors de la première séance avec le patient : écoute active, mise en confiance et objectif définit. Le patient ressort de la séance avec son objectif, son programme et des outils. Tout est explicite, transparent, on sait où on va. On a une feuille de route avec la planification des rencontres, les temps individualisés, les temps d’autonomie. Et pourtant, les patients sont nombreux ! Et ça fonctionne ! Je me suis sentie élève, j’adore !

Acteur et responsable de sa ré-éducation !

Comme lorsque l’on rend les élèves acteurs de leurs apprentissages en classe ! Idem ! La première séance en balnéo j’étais un peu surprise, je voyais autour de moi les gens concentrés à leur tâche, ça grouillait comme une petite fourmilière. Et j’ai compris ! On est libre en fait ! Quel bonheur ! Libre et responsable aussi de sa guérison ! Si on respecte les consignes et que l’on comprend le guidage, on progresse. Si on papote avec les copines dans la pistoche, on en paie les conséquences… En termes de satisfaction personnelle c’est énorme !

Libre mais cadrés !

On est libre mais cadré, on vient sur un temps donné. On a un programme à respecter. La kiné réajuste si besoin, elle guide, elle rappelle le cadre, elle veille du coin de l’œil, un regard toujours bienveillant, au top ! Les règles sont établies : la ponctualité, le rangement, la propreté…

Les kinés, des facilitateurs !

Leur posture n’est pas au centre, leur attitude n’est pas transmissive, leur savoirs, leurs savoirs faire ne sont pas le saint graal. Ils sont humbles, à l’écoute, attentionnés. Ils observent… beaucoup. Et ils réajustent en fonction. Ils adaptent le programme en fonction des progrès. Ils accompagnent et encouragent, une présence fondamentale, facilitatrice des apprentissages. Du coup, on a cette sensation d’être cadrés, tout en étant libres, accompagnés tout en mutualisant les trucs et astuces avec les autres patients (oui, on peut bavarder, c’est pas interdit !) Le gros de leur travail est dans le présent. Tour à tour, ils aident, ils laissent tâtonner, expérimenter, ils débloquent, ils écoutent et ils évaluent (une évaluation continue donc !), ils vont d’un apprenant à un autre.

Des micro-zones d’apprentissages !

L’espace du cabinet est agencé comme une classe du 3ème type ! C’est la classe du futur, ça devrait être les classes d’aujourd’hui…  Chaque espace est délimité, chaque zone d’apprentissage a une vocation lisible. Il y a à la fois des zones de travail individuels, des zones de travail en grand groupe, des zones de travail en petit groupe. Des zones où l’on bouge, des zones où l’on s’apaise, des zones où l’on s’isole.

Le matériel à portée de main !

Et oui, les kinés laissent le matériel à portée de main. Ok, j’ai discuté avec eux, il y a parfois de la casse, des dégradations, mais globalement, les gens sont heureux de se sentir libres et respectent justement le fait qu’on les respecte dans leur besoin de bouger, de coopérer, de partager, d’appartenir à un groupe. Bref, on se sent AU-TO-NO-MES ! C’est énorme !

Responsabilisation

J’en ai parlé plus haut, on se sent responsable de son corps et des progrès qu’il fait mais également du lieu. Et oui, en laissant le matériel à disposition et en cadrant les gens, on est aussi responsable du rangement et de la propreté et ça c’est top !

Co-éducation, prise en compte des émotions et relation de confiance

Les kinés sont deux et ils co-éduquent ensemble. Il y a un partenariat étroit avec les familles qui patientent dans la salle d’attente, qui sont tenues au courant, que l’on implique dans le parcours de guérison. Il y a donc une véritable ouverture sur l’autre. Et comme les situations sont souvent compliquées, un dialogue s’instaure au sein duquel les émotions, frustrations, blues sont entendus et pris en compte ! Les kinés tissent un lien spécial avec chaque patient. Comment ? En donnant d’eux, ils parlent d’eux, ils écoutent, ils retiennent nos anecdotes, c’est une relation d’humain à humain. C’est la relation qui permet donc d’avancer en confiance.

Donc on se sent libres, cadrés, écoutés, autonomes et responsables ! Si c’est pas beau ça ! Je me suis alors demandée si les kinés avaient lu FREINET ? D’autant que Freinet a développé sa pédagogie alors qu’il était malade. Il aimait tellement son métier d’enseignant, qu’il a trouvé les possibilités de l’exercer différemment.

Je ne suis pas pour une médicalisation de l’éducation mais pourquoi pas s’inspirer des kinés ? Après tout, parfois on soigne bien les blessures orthographiques ou mathématiques et autres bobos de l’esprit, donc pourquoi pas. 

Quand la musique est bonne… pour le cerveau

C’est Jean Jacques GOLDMAN qui avait raison : quand la musique est bonne, bonne, bonne, bonne, quand la musique donne, donne, donne, donne ! Ça fait du bien au cerveau ! L’écoute et la pratique musicale renforcent la plasticité cérébrale à tous les âges, et stimulent les circuits de la récompense ! Et oui !

 

Si la musique adoucit les mœurs, ses effets vont bien au-delà. Depuis l’Antiquité, elle occupe une place à part, et ce dans toutes les sociétés et religions. Mais, depuis quelques années, «on est passé d’une pensée magique à un vrai savoir scientifique sur ses bienfaits, et cela, à chaque extrémité de la vie »,  c’est Emmanuel Bigand, directeur du Laboratoire d’étude de l’apprentissage et du développement (LEAD, CNRS) à l’université de Bourgogne et coordinateur de l’ouvrage Les Bienfaits de la musique sur le cerveau qui l’atteste.

Outre ses effets sur la santé, la douleur, la musique est également un puissant stimulant cognitif et cérébral.

D’abord chez le bébé, des études ont montré qu’elle agit comme un neurostimulant. Il mémorise les œuvres musicales in utero et peut même les reconnaître un an après sa naissance. Emmanuel Bigand coordonne actuellement une étude financée par la Fondation de France, en collaboration avec la Philharmonie de Paris, chez des nourrissons à partir de 3 mois et suivis durant leurs trois années de crèche à Dijon et à Paris. Lors d’ateliers d’environ quarante minutes, ils sont initiés au son et au rythme deux fois par semaine et encouragés à participer. Les séances sont filmées et décortiquées par Emmanuel Bigand. « Les bébés ne parlent pas encore, mais ils chantent déjà. »

 

 « Effets socio-cognitifs »

Sans conteste, la musique est un moyen de capter leur attention et de créer une communication. Certains se lèvent, se synchronisent avec le rythme. « La musique met en place des schémas mentaux (macro-stimulus) qui permettent une meilleure appréhension du langage, de la lecture, et plus tard des facilités au cours préparatoire, on parle d’effets socio-cognitifs », poursuit Emmanuel Bigand.

 

Comment vous expliquer ça ? Les découvertes les plus récentes montrent que la musique modifie les processus biochimiques du cerveau en renforçant la plasticité cérébrale. Ainsi, les violonistes ont un cortex moteur très développé dans l’hémisphère droit avec un plus grand nombre de synapses, car ils sollicitent beaucoup leur main gauche. Les pianistes présentent ce développement dans les deux hémisphères, en lien avec chaque main.

« La musique serait aussi capable d’optimiser la synchronisation entre populations neuronales, c’est-à-dire l’aspect rythmique de l’activité cérébrale, et permettre ainsi une meilleure communication et anticipation du flux d’information », explique Daniele Schon, directeur de recherche à l’Institut de neurosciences des systèmes (Inserm).

 

Antirouille

La pratique musicale permet en effet « aux aires auditives et motrices notamment de mieux communiquer entre elles », poursuit le chercheur, également violoncelliste. Ses études ont montré qu’un enfant ayant des troubles du langage arrive à mieux reproduire une phrase lorsqu’elle est précédée par un rythme. Il va aussi être plus performant sur les tâches grammaticales. Daniele Schon compare la musique à de l’antirouille, un peu comme si on remettait de l’huile dans le moteur.

« L’apprentissage de la musique sculpte le cerveau par différents mécanismes physiologiques, en termes de densité de neurones et de connexion entre eux, via les axones », explique Isabelle Peretz, titulaire d’une chaire de recherche en neurocognition de la musique à l’université de Montréal, l’une des premières à avoir travaillé sur le sujet et auteure du livre Apprendre la musique. Elle a fondé au Canada, en 2005, le Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son qu’elle dirige.

Dans le même pays, les travaux de Glenn Schellenberg, professeur de psychologie à l’université de Toronto, indiquaient déjà en 2010 que la pratique de la musique par de jeunes enfants permettait de développer plus rapidement leur quotient intellectuel (QI).

 

Amélioration des compétences scolaires

Durant trente-six semaines, il a étudié 144 élèves âgés de 6 ans, pas encore scolarisés en primaire et suivant des cours de piano et de chant au conservatoire. Ces derniers ont vu leur QI progresser plus rapidement que celui des enfants qui n’ont pas suivi de cours de musique. Pour Glenn Schellenberg, « la musique aide les enfants à réfléchir, en les soumettant à de longues périodes de concentration, d’entraînement et de mémorisation ».

Ainsi les enfants qui font de la musique voient-ils leurs compétences scolaires s’améliorer. « L’apprentissage de la musique ne devrait-il pas être obligatoire à l’école ? », questionne Isabelle Peretz, à l’instar de la Suisse qui a décidé, en 2012, d’inscrire l’éducation musicale dans la Constitution en tant que droit fondamental de chaque enfant.

Une étude de l’Institut Montaigne, conduite en 2010 sur 470 élèves de collège, avait évalué l’impact des orchestres à l’école. Les résultats montraient que cela influençait de manière positive l’évolution de la moyenne générale ainsi que la note de vie scolaire.

Cette expérimentation a également un impact positif sur le développement des capacités non cognitives, comme l’ambition des élèves et leur attitude à l’égard de l’école. Les effets sont également visibles sur les compétences sociales. Ainsi, une récente étude publiée dans Plos One a montré que les enfants qui jouaient du ukulélé avaient une meilleure intelligence émotionnelle, étaient plus collaboratifs… Des bébés de 18 mois qui pratiquent la musique vont être plus enclins à aider leurs parents (à ramasser un objet par exemple) et ont une meilleure motricité.

« Un plaisir qui n’a pas d’égal »

Les études sont très nombreuses à l’autre extrémité de la vie. A un âge avancé, même lorsque les capacités cognitives sont altérées, la musique parvient à réveiller la mémoire et les émotions. En somme, « nous sommes convaincus en tant que scientifiques que l’activité musicale est au cœur de la sphère cognitive », assure Emmanuel Bigand. Confirmant ce que disait Platon : « La musique donne une âme à nos cœurs, des ailes à la pensée, un essor à l’imagination. »

Une chose est sûre, plus vous pratiquez, plus vous bénéficiez de ces effets, qui sont moindres si vous en écoutez, même si les bienfaits existent. Car « la musique procure un plaisir qui n’a pas d’égal (…). La recherche a pu démontrer récemment le lien entre l’euphorie suscitée par la musique et la sécrétion de dopamine dans le noyau accumbens, structure connue des circuits de la récompense », écrit Isabelle Peretz.

« Il serait temps que les gouvernements s’emparent du sujet », lance Daniele Schon, qui réfléchit à rédiger un manifeste scientifique, tout comme Isabelle Peretz au Québec. En France, le ministère de l’éducation nationale a lancé fin 2017 un plan pour créer un enseignement facultatif de chorale dans chaque école. 

C’est déjà une sacrée avancée !

Dans ma classe, pour l’heure, on écoute beaucoup de musique. En permanence, ça pose l’ambiance, ça pose les enfants, ça met en joie !

Alors, dansons maintenant !

Couple d'enfants qui danse
Petite fille qui saute
Couple d'enfants qui danse

Réveil corporel pour mieux apprendre

Réveiller son corps pour le rendre plus disponible, une donnée à prendre en compte lorsque l’on accompagne les enfants dans leurs apprentissages. Le corps de l’enfant parle lorsque son cerveau n’est pas disponible : position avachie ou au contraire en mouvement constant de manière inhabituelle, les yeux dans le vague ou au contraire une attention tournée vers autre chose que ce que l’on propose…

Étirement enfant
Réveil corporel enfant

Comment faire ?

Peut-être que la mise en mouvement du corps est justement une des clés pour recentrer l’attention. C’est en tout les cas ce que l’on constate en classe: activer ses mains avant l’écriture; s’étirer et bailler de tout son long avant d’activer son cerveau; respirer, souffler, se concentrer sur son corps pour s’apaiser après une importante activité physique…

Et de notre côté, petite vidéo qui montre notre réveil corporel tous les matins. Dans nos rituels matinaux ou même lorsque l’on est en transition d’une activité à une autre, une petite séance d’auto-massage, de réveil corporel permet de recentrer tout le monde, un moment de détente, un temps où l’enfant peut bailler, s’étirer et mobiliser son attention sur lui-même, son corps, donc se recentrer.

On constate qu’après ce temps là, les enfants sont plus réceptifs.